Lors de la parution, chez Calmann-Lévy, de mon premier roman, On ne répond pas à un crapaud, un journaliste m’a invité à parler de moi. Je suis restée sans voix. Tout au plus ai-je poussé quelques sons articulés, à peine audibles : « je naquis, je vis, je mourrai ».
De moi, je n’avais rien de plus pertinent, de plus juste à dire. J’en suis encore là. D’un côté le livre, de l’autre moi. Entre eux, l’alchimie créatrice livrée au lecteur. Car c’est le lecteur le véritable fondateur de la chose littéraire. Sans lui, le livre n’est que lettres mortes. Sous son regard, il s’anime, miroite de ses mille possibles, prend sens. Les personnages naissent en état de perpétuelles métamorphoses.
Ainsi, Anna Karénine, être de fiction, caracole sur terre grâce au lecteur. Et si Tolstoï connaît une sorte d’éternité, c’est à Anna, qu’il le doit… En littérature, seul importe le livre. La vie de l’écrivain est accessoire.